20.09.2009

Manuel de Vandier III Ancien empire Chap 1

 

LA STATUAIRE  ROYALE  À  L'ANCIEN  EMPIRE

 CHAPITRE  PREMIER

  1. Avant Khephren

 La plus ancienne, selon Cooney, serait une tête en granit conservée au Musée de Brooklyn. En se fondant sur la forme des oreilles et de la couronne, il la date de la IIIe dynastie. Jusqu'à ces tous derniers temps, aucune statue du roi Snéfrou, fondateur de la IVe dynastie n'était connue. Cependant, Fakhry a découvert dans le temple bas de Dachour, deux statues fragmentaires de Snéfrou qui seront très importantes pour l'étude de l'évolution de la statuaire royale au début de l'Ancien Empire.musee_kheops.jpg

 

De Kheops, on ne peut citer que la statuette en ivoire conservée au Musée du Caire, dont les traits rappellent un peu ceux de la tête de Brooklyn. Ces deux pièces témoignent du désir de l'artiste de créer un portrait  et les deux visages qui ont plus de vigueur que de beauté sont manifestement traités dans le style réaliste.


En ce qui concerne Didoufri, on conserve plusieurs centaines de fragments, retrouvés durant les fouilles d'Abou Roach. Ces multiples mutilations sont certainement dues à un esprit de vengeance condamnant le meurtre de l'héritier légitime dont Didoufri s'était rendu coupable. Ces fragments appartenaient au moins à 21 statues qui par leurs dimensions se répartissaient en cinq groupes de 6 à 1.68, 2 à 1.20, 7 à 0.80, 4 à 0.50, et 2 à 0.30. Aucune n'a pu malheureusement reconstituée et ces mesures ne peuvent être qu'approximatives.

 Des trois portraits de Didoufri, le plus beau est manifestement celui du Musée du Louvre. Le roi est coiffé du némès didoufri.jpgavec une forme curieuse les yeux sous lesquels on remarque une sorte de poche. La bouche est elle aussi particulière avec une lèvre supérieure plus saillante que la lèvre inférieure, et un philtrum est bien marqué. Dans la tête du Caire, qui est coiffée de la couronne blanche, on retrouve les mêmes caractéristiques. Une seconde tête conservée au Caire est sans nul doute, le modèle le mieux conservé.

Le Louvre possède aussi un groupe très fragmentaire représentant le roi assis avec son épouse toute petite accroupie à côté de lui. C'est le premier exemple d'une attitude qui allait avoir une brillante fortune dans la statuaire privée.

 

 

         B.      Règne de Chéphren

kephren.jpg Dix statues entières ou fragmentaires sont conservées au Musée du Caire. Les numéros 9 et 10 sont acéphales. Le numéro 14 est la plus célèbre des statues de Chéphren.

Trouvée par Mariette dans le puits du vestibule du temple bas, elle ne diffère des autres que par la présence d'un faucon dans un geste protecteur, derrière la tête du roi. En résumé, dans ses statues, Chéphren à deux exceptions près, est assis seul sur un siège cubique, ou sur une chaise à dossier ; sa main gauche repose à plat sur son genou gauche et sa main droite, fermée serre le « rouleau », objet énigmatique dont on fait le plus souvent, l'insigne ou l'emblème du pouvoir sous la forme d'un bâton très court.

 La main est généralement fermée « verticalement » ou « horizontalement » Chéphren porte chaque fois le némès et la fausse barbe striée horizontalement ; il est vêtu de la chendjit. Deux exceptions nous montrent Chéphren assis auprès de la déesse Bastet ( ?) et debout, probablement accompagné de son épouse ( ?)khephren2.jpg

 

Une attitude d'ordre symbolique deviendra particulièrement populaire en Egypte, celle du roi en sphinx.  Sur les 9 têtes « potentielles » de Chéphren, on a pu constater des différences sensibles sur les numéros 1,2,4, et 5. Il semblerait qu'elles soient attribuées à l'existence de deux ateliers et deux écoles de sculpture à Memphis.

 


  1. Les statues de Mykérinos

 Reisner a donné la liste de plus de 40 statues entières ou fragmentaires de Mykérinos. Nous n'en citerons que 10.

  • - Statue assise, en albâtre du Musée de Boston (09204)
  • - Statue semblable mais plus petite, Boston (11.3146)
  • - Triade, M. Hathor et le nome du lièvre, Boston (09.200)
  • - Triade, M. Hathor et le nome de Thèbes, Le Caire (40678)
  • - Triade, M. Hathor et le nome de Cinopolis, Le Caire (40679)
  • - Triade, M. Hathor et le nome de Diospolis Parva, Le Caire (46499)
  • - Mykérinos assis, Le Caire (42)
  • - Statue assise, en albâtre, Le Caire (40704)
  • - Mykérinos et sa femme debout, Boston (11.738)
  • - Mykérinos debout, en ivoire, acéphale, Boston (11.280)

En ce qui concerne les triades, il n'en reste que trois sur tous les nomes d'Egypte. Chaque triade réunit le roi, Hathor et la représentation d'un nome, avec une composition qui n'est pas exactement la même.

Dans la première triade, Hathor est assise au centre, le roi à sa gauche et la divinité du nome à sa droite. Dans les trois autres triades, les personnages sont debout, le roi est au centre, avec Hathor à sa droite et le nome à sa gauche. Il est à noter les différentes attitudes des       pieds de ces triades : soit joints, soit dans l'attitude de la marche réservée au roi et à Hathor. Dans la quatrième triade, la déesse, tout comme les autres personnages, tient un rouleau dans sa main, détail extrêmement rare qui se doit d'être souligné.

      myk hathor.jpg         triad myk caire 3.jpg         triad myk caire.jpg   
              

 Le groupe du roi et de la reine Khâmérernebti II debout (Boston 11.738) est un grand chef d'œuvre, témoignant dans sa ligne et sa composition, dans le modelé du corps, d'une délicatesse extraordinaire. La musculature est également d'une précision qui n'a peut-être jamais été égalée.

 

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 Parmi les statues de Mykérinos, une œuvre doit être mise à part, la grande statue en albâtre du Musée de Boston. Elle présente en effet une disproportion entre la tête et le corps qui vient essentiellement de la largeur des épaules. C'est un cas unique avec trois têtes dans la largeur d'épaules au lieu du deux et demi de rigueur dans les autres statues. La tête est bien le portrait du roi qui avait un visage plein et moins allongé que celui de Chéphren avec une expression moins solide et volontaire.

 

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La reine Khâmérernebti II semble avoir servi de « modèle » aux différentes représentations féminines des triades. A certains détails comme les commissures des lèvres ou la ressemblance précitée, Reisner  pense encore à ces deux ateliers de sculpteurs, attribuant au sculpteur A, le groupe de Mykérinos et Khâmérernebti. ainsi que les trois dernières triades. Toutes les autres statues seraient dues au sculpteur B (facture aimable) qui aurait été l'élève de A (facture plus sévère)  (?).

Nous réserverons le terme de réalisme à une recherche de la vérité psychologique dans l'expression.

 

        D.    Fin de la  IVe dynastie et V dynasties.

 Une dernière tête de Mykérinos, conservée à Boston pourrait aussi représenter son successeur Chepsèskaf. Le problème est délicat car il n'existe aucune pièce de comparaison et la solution définitive reste à trouver...


Ouserkaf tête.jpg

 

Les œuvres royales de la Ve dynastie sont peu nombreuses. La plus belle, qui est aussi la plus ancienne, est la tête colossale d'Ouserkaf, du Musée du Caire. Ce qui frappe dans cette tête, c'est la largeur du menton et des mâchoires, la sévérité de l'expression accentuée par la ligne horizontale d'une bouche aux lèvres relativement minces. Les oreilles sont décollées le nez large et le philtrum à peine marqué.

 Sahouré _MetropolitanMuseum.png

 De Sahouré, successeur d'Ouserkaf, on ne connaît guère qu'un groupe qui s'inspirant des triades de Mykérinos, en diffère profondément  par la composition et la conception. Sahouré est assis dans l'attitude et le costume traditionnel. A sa droite se tient le dieu du nome de Coptos. Le groupe, d'un style un peu lourd est conventionnel et il semble que le polissage n'est pas été terminé. Cette œuvre ne peut venir d'un atelier royal et on pense plutôt à un sculpteur memphite, et assurément pas un maître qui aurait été envoyé spécialement à Coptos.

 

  Niuserre_BrooklynMuseum.png Une statue de Niouserré, conservée au  Brooklyn-museum N.Y et trouvée à Mitraïneh n'est pas réellement un chef d'œuvre : elle est assez grossière et incomplètement polie. Cependant, la facture du visage est à considérer : la bouche en particulier avec sa lèvre supérieure arrondie et sa lèvre inférieure épaisse et presque tombante, elle marque un très net souci de réalisme par l'expression un peu désabusée qu'elle donne au roi.  Les yeux sont également intéressants avec un regard fatigué et lointain qui est exceptionnel à l'Ancien Empire. Avec des mâchoires fortes et volontaires, il est manifeste que le sculpteur a voulu exécuter un portrait.


Une deuxième statue découverte à Mitraïneh est marquée au nom de Menkaouhor. Le souverain porte le manteau de la fête Sed mais il semble que cette effigie n'est pas été achevée et de toute façon, elle est d'un travail détestable, avec un ensemble lourd et mou dont  aucun détail n'est soigné. Cette statue n'est intéressante que parce qu'elle représente pour la première fois, un roi dans l'attitude classique de la fête Sed en tenant dans ses mains le sceptre et le flagellum, croisés sur la poitrine.

Une dernière statue mise au jour à Mitraïneh (Caire 39) est nettement supérieure à la précédente. Maspero est enté d'y voir un portrait de Khéops ( ?) Le style est celui de la IVe dynastie et il y a dans cette statue un certain réalisme qui peut faire penser à la statuette de Khéops. Le doute subsiste donc et pour notre part, nous ne croyons pas pouvoir prendre une position définitive.

 

 

  1. La VI e dynastie

 Les statues royales de la VIe dynastie sont peu nombreuses mais elles sont dans l'ensemble beaucoup plus intéressantes.

 

Le roi Teti, fondateur de la VIe dynastie, est représenté debout, les bras collés le long du corps, les mains fermées serrant le rouleau. Il porte la couronne blanche et le pagne chendjit. Les yeux sont petits et très écartés avec le coin intérieur placé assez bas. Ce dernier détail et les sourcils horizontaux sont caractéristiques de la statuaire de la Vie dynastie. C'est là, une originalité évidente, preuve d'une période de transition.

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 Le Musée du Caire possède la partie inférieure d'une statue assise d'un roi Pépi, peut-être Pepi I. L'attitude est classique mais le modelé, somme toute, médiocre. La célèbre statue en bronze, elle, représente bien Pépi I. Il est étonnant de trouver des statues de cette importance en cuivre au début de la VIe dynastie : on admet que des plaques de cuivre étaient fixées sur une âme en bois, puis martelées. La position du roi, main gauche avancée, tenant la canne et le bras retombant le long du corps est fréquente dans les statues de bois. Le corps du roi est d'un modelé mou et médiocre, le visage est assez fin ravivé par son regard dont la pupille est en obsidienne et la cornée en calcaire, le tout enchâssé dans une bague de métal.

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La magnifique tête de faucon du Musée du Caire, qui provient d'Hiérakonpolis, est généralement datée de la VIe dynastie. C'est une magnifique pièce d'orfèvrerie obtenue par martelage et finie à la ciselure. Le dessin admirable du bec, la ligne de tête, les yeux auxquels l'incrustation donne un air vivant et cruel, tout concorde à faire de cette pièce un grand chef d'œuvre.

 

 

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 Il nous reste à citer trois œuvres appartenant probablement à Pépi I : la première est une statuette  (Le Caire 39103) représentant le roi à genoux et assis sur ses talons présentant deux vases nou. Le modelé du corps est médiocre mais avec tout fois, un  traitement des bras nettement détachés du corps. Les yeux sont traités selon la technique propre à la VIe dynastie. La bouche est presque souriante, détail tout à fait nouveau dans la statuaire royale. Cette humanisation de souverain-dieu ne peut s'expliquer que par une évolution très nette dans la conception qu'on se faisait du roi, évolution qui a commencé dès la fin de la Ve dynastie.  

Le Louvre possède une tête assez grande , coiffée du némès également attribuée à Pépi I. Malheureusement,le nez en est cassé et l'incrustation des yeux n'en a été que partiellement conservée.pepi I jubil.jpg

Le musée de Brooklyn conserve une autre statuette de Pepi I : le roi, coiffé de la couronne blanche, est assis sur un trône à dossier, dont le siège est décoré du sema-taouy. Il porte le manteau de la fête sed, le sceptre héka et le flagellum. Le détail le plus  frappant est le faucon perché sur le haut du dossier exerçant une protection symbolique auprès du roi. Cette adaptation de la symbolique de protection, si elle n'est pas très heureuse n'en est pas moins intéressante

 

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Une dernière statue, d'un style tout à fait analogue représente Ankhennèsmériré, tenant le jeune Pepi II sur ses genoux. Il est évident que ce groupe par sa composition et son style est d'un grand intérêt : la reine est assise sur un siège bas et le jeune roi est placé perpendiculairement par rapport au siège de sa mère.

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  De Pépi II, on ne connaît qu'une seule statuette qui le représente encore sous les traits d'un enfant dans une attitude particulièrement curieuse (Le Caire 50616). Le roi est assis sur le sol, les jambes relevées devant lui, la main gauche aujourd'hui cassée, était posée sur le genou et l'index droit est porté à la bouche.

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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